Billet du quotidien / 17-04-2019

De ce qui fait un homme aujourd'hui.
Assumer ses désirs et respecter ceux des autres. Retenir ses coups mais défendre ses valeurs. Penser par soi-même pour mieux douter de tout. Tirer des plaisirs qu'on s'assure de donner le sentiment de valoir le coup. Chercher l'équilibre en toute chose pour laisser le hasard dominer. Trouver l'autarcie dans son jardin intérieur, le cultiver chaque jour quelques heures, entretenir soi-même ses outils et ses mains. Oeuvrer à l'avenir avec la confiance que nous offre chaque chance de recommencer. Parfois baisser les bras, et laisser le premier amour qui passe nous guider. Perdre, encore et encore, jusqu'à faire de l'échec un indispensable puits de sagesse. Renoncer au sommet pour vivre la lande à sa hauteur, et ainsi apprécier réellement les paysages. Regarder le monde avec enthousiasme et désespoir, ne jamais oublier qu'il souffre pendant qu'il rit. Accepter qu'il n'y ait pas de centre, seulement des à-côtés. Et que la vie toute entière avance dans la marge.
Parce que les modèles sont obsolètes, aujourd'hui l'exception est la seule règle.

Réflexion du soir / 16-04-2019

Rebondir sans cesse sur l'actualité comme une balle en caoutchouc contre un mur, telle est la prouesse des scribes et des copistes. Je ne dis pas créateurs car ces ouvriers sous-qualifiés profitent de l'inventivité du quotidien pour prétendre à mieux. Écoutez-les. Sublimer le solite par la formule et le commentaire fait d'eux des artistes. Mais sous le vernis, ils n'ont d'idées que celles inspirées par les faits. Leurs regards se portent à leurs pieds, guère plus loin.
Un train passe. Ils ne vous diront jamais où il va, mais ils sauront comme nul autre vous décrire sa venue. Tout bovin s'en contenterait.
Aux créateurs, il faut davantage.

Billet du quotidien / 05-04-2019

Je ne marche pas nu dans la rue. Je ne marche pas nu sur la toile. Je ne marche pas nu derrière mes mots.
Je suis toujours drapé dans un amour-propre sans tache et une dignité à l'épreuve du temps. Sous ce voile pudique, l'animal a sa place en l'humain et la réciproque est vraie. Il n'y a pas de guerre entre ma culture et ma nature ; il n'y a jamais de heurt entre mes terres et mes constructions. Je ne suis ni jardinier ni architecte, je suis paysagiste.
Je ne puise pas dans la rue. Je ne puise pas sur la toile. Je ne puise pas derrière mes mots.
Il y a dans le fil de mes pensées une logique qui n'a jamais failli, car elle s'est toujours sue faillible, justement. Elle ne s'impose pas, elle écoute. Elle ne hurle pas, elle regarde. Elle ne m'interdit rien, sinon ce que je ne désire pas. Elle ne m'a jamais jugé car elle s'en est toujours su incapable. Alors elle ne laisse personne juger à sa place. Ma logique ne me cause aucun tort. Elle préside sereinement. Tout le monde ne peut pas en dire autant.

Billet du quotidien / 20-01-2019

Tu m'as trop donné. Pas comme il faut. Pas de la bonne manière. Alors je t'ai demandé de tout reprendre. Mais tu as laissé derrière toi un vide immense.
Tu étais en nombre, en quantité, et je ne pouvais pas assimiler toute cette foule de bons sentiments. Alors je t'ai demandé de partir. Mais tu as laissé derrière toi un vide immense.
Tu as fait ton entrée comme l'inondation, en avalant mes côtes et en noyant mon coeur, alors j'ai coupé court. J'ai posé un barrage, j'ai levé une digue. J'ai dû m'isoler de toi, et en m'isolant de toi, je me suis coupé du monde. La décrue a laissé derrière elle une terre impropre ; moi, vanné, défait, j'ai épongé les restes. Tout est sec et tranquille à présent.
Avec toi, le déluge ; après toi, le silence. Mais ce silence rime toujours avec un vide immense. Et j'en souffre encore malgré moi.
Tu aurais dû me faire mal. La douleur serait passée plus vite.

Réflexion du Soir / 10-08-2018

On sait qu'une société glisse vers la dictature quand ce sont les idiots qui en prennent le contrôle.
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